17 mai 2009
Histoires de fesses
Dans la chambre en désordre, la droite prodigieusement assoupie, évidente et réjouissante :
Elle gauche : Le sommeil me fuit. Pourquoi m’obstiner à le chercher.
Elle droite : Crois-tu qu’il soit ailleurs, que tu veuilles partir ainsi ?
Elle gauche : Je m’épuise dans cette quête, mais je dois le capturer. Je veux dormir, comme toi, profondément, du sommeil du juste, à poings fermés, profondément sur mes deux oreilles
Elle droite : Crois-tu que le sommeil me fasse justice,
que mes poings ne se ferment que lorsqu’ils dorment, et que jamais mes oreilles
ne sifflent quand je m’endors ? J’ai mes cauchemars, tu sais, mais ils s'écartent quand je sens ta présence.
Elle gauche : L’insomnie me guette, et me frappe dès que je ferme un œil. Elle se venge des jours amers, jetant mes âcres pensées pêle-mêle sur les draps froissés.
Elle droite : Et l’attente du sommeil se mue en torture.
Tu n’es plus que marionnette ; l’insomnie tire les ficelles et te plonge
dans un abîme de détresse.
Et pourtant je suis là, à tes côtés. Sens ma chaleur. Elle est tienne. C’est
toi qui me la donnes, chaque fois que tu te sers contre moi. Viens près de moi,
blottis toi, j’aimerais te sentir abandonné à mes côtés…
Mais ? tu dors ?
. . .
17 avril 2009
Le coeur saigne
Son cœur saigne, alors il blesse. Il inflige ses
souffrances ; les sacrifices imposés par son amour sont trop durs à
supporter. Il s’est arraché aux bras d’une femme qu’il aime, mange avec une
autre ce soir, déjeunera avec cet être qui lui est si cher demain, sans même
parler de celle qui a su si bien mélanger les saveurs ce midi… et il ne pourra
s’envoler sans embrasser sa crevette…
Et je suis seule ici, si loin, si maigre pour faire
contrepoids dans la balance de sa vie.
Je sais ce qu’il quitte et pourquoi. Alors il frappe.
Mon cœur saigne, ce
soir
30 novembre 2007
Conte pour enfants battus
24 nov 2007
Par les chemins de Parsimone, un homme
allait, vêtu de guenilles, une carapace de poussière et de crasse agglomérées
cachait son visage; je m’approchai d’un pas, puis de deux, m’arrêtai, son
visage se déformait à mon approche. Deux formes confuses ballotaient,
accrochées à ses bras, humaines je crois. Il les serra contre lui.
« Homme où te rends-tu ainsi, que fais-tu sur ce
chemin qui ne mène nulle part ?
(Je le sais, j’en reviens.)
- Etranger, laisse-moi, ta
présence me gêne, tes mots me ralentissent, va-t-en !
- Que tiens-tu ainsi ? n’as-tu
point passé l’âge de jouer à la poupée ? Pourquoi cette urgence, pourquoi ce
silence ?
- Etranger, je te le répète,
va-t-en, avant que je ne tempête, avant que de mes poupées je ne te batte. Mon
silence n’est pas puisque je te parle, n’entends-tu pas ? Oui, je suis pressé,
ma quête n’attendra pas, et les obstacles de ton espèce ne m’arrêteront pas.
Ote-toi de mon chemin ou il t’en cuira !
Je ne pus m’empêcher de sourire, cet
être ridiculement faible et fluet me menaçait ! Je ne bougeai pas.
- Bien, montre-moi ta
détermination, bats-moi de tes poupées ou de ce que tu voudras, je ne te
laisserai pas.
Il devint aussitôt comme hystérique,
trépigna, hurla, battit les fougères de ses bras, lança vers moi ses poupées,
qu’il déchiqueta.
Amusé, je le regardais, me demandant
dans quel monde il était qui lui permettait de se croire si puissant. Ses
coups me frôlaient comme le vent à la fenêtre d’une nuit d’été tiède en faisait
frémir les voiles.
- Homme, que crois-tu faire ?
tu ne m’atteins même pas !
Son visage se détendit soudain, un éclair narquois,
parti de ses yeux semblait l’illuminer :
- Ce n’est pas toi que je bats,
ce sont mes poupées.
Quelque chose dans son attitude m’interpella… quelque
chose dans la posture des chiffons au bout de ses mains me fit sursauter : ce
n’en était pas.
- Homme indigne, je ne
comprends pas, c’est moi l’objet de ta haine du moment, que fais-tu à… ces
enfants-là !?
- Cela ne te regarde pas, ce
sont les miens, me rétorqua-t-il, et ce que j’en fais ne te concerne pas.
- Alors, laisse les, viens te
mesurer à moi.
- Etranger, cette fois encore
tu ne comprends pas, si je les bats, c’est toi que je vaincs, car tu souffres
de ce que je leur inflige, par ma foi.
Interloqué, je le fixai d’un air
contrit : oui, il avait raison, il me battait plus fort que de ses poings. Plus
sûrement que n’importe quel coup qu’il aurait pu m’asséner.
- Mais eux ? pourquoi ? de quel
droit ?
- Eux ? un nouveau sourire
s’élargit sous ses petits yeux froids. J’ai les droits que me confère le
pouvoir des pères. Ils sont à moi, depuis leur voix jusqu’à la fin de leurs
nerfs. Va-t-en à présent. Laisse-moi passer, pour la dernière fois.
- Je ne te laisserai pas
passer, homme qui n’en a que lointaine apparence, si tu ne me dis l’objet
de cette quête qui te fait sacrifier tes enfants ainsi.
Il se mit à sangloter. Je n’en
revenais pas. Lui que la douleur de ses enfants laissait froid, il pleurait…
- Je… cherche… me dit-il entre
vertes glaires et hoquets humides, je cherche l’homme… l’homme qui a trahi son
amour...
Je le fixai sans comprendre…
Il était fou ou trop amer, il ne voyait pas?
- Ce type de traitre est bien
courant je crois, ton état me laisse à penser que tu manques de chance,
singulièrement : pour ma part, j’en vois à chaque pas.
- Pâle étranger si stupide, que
de temps je perds avec toi ! Je t’en prie, laisse moi.
Ce disant, vers ses enfants il fit un pas.
- Misérable, tu ne recommenceras
pas ! dis-moi ton secret ou je te briserai ! ou bien prends t’en à moi car j’ai
trahi l’amour, je te le dis.
Son air se fit matois, il me jaugeait, j’en
frémis.
- Si tu me brises, tu les
briseras en même temps que moi…
As-tu déjà aimé ? As-tu été trahi toi-même ?
- Oui, je crois, répondis-je
d’un souffle en croix.
- As-tu trahi l’objet de tes
pensées ? L’as-tu brisé aussi ?
- Sans le vouloir, oui, une
fois.
- Le regrettes-tu ? penses-tu à
lui le soir quand tu as froid ?
- Oui, chaque soir, et j’ai
toujours froid, même quand le soleil ne se couche pas.
- Et cet amour qui t’a trahi,
l’as-tu brisé aussi ?
- Non ! je l’aimais, pourquoi
le briser ? je ne comprends pas.
- Tu ne m’intéresses pas ! tu
n’es pas celui qui a trahi !
- Pourtant si, j’ai trahi !
Ecoute-moi !
- Celui qui a vraiment trahi
l’amour, il est comme moi, de vengeance son cœur est empli, il n’a jamais
froid. Par les chemins il divague, il me cherche, j’en suis convaincu. Des
sources taries il fait remonter la souffrance, en cherche d’autre, s’en abreuve
mais a toujours soif … du mal il se désaltère, la vengeance l’anime car il a eu
mal, si mal, à tel point que… vois-tu, –son regard se mit à luire d’un
éclat presque clair, quasi lucide- c’est l’amour qui était en lui qu’il a trahi
quand son amour l’a trahi.
Celui qui n’a jamais trahi se trahit lui-même, il a raison.
Ainsi donc, c’était cela. Cet homme voulait rendre sa
douleur, au centuple s’il le fallait.
- A-t-il encore le nom d’homme,
celui qui agit ainsi ? De quelle humanité se targue-t-il, lui qui ne vaut pas
la poussière qui le couvre, lui dont le courage se résume à tant de lâcheté ?
Ne sait-il que pleurer sur lui ? Comment supporte-t-il le mépris qu’il amasse ?
Que ton pareil existe, je ne crois pas. S’il existait, en contemplant ta face
immonde, il ne se reconnaitrait pas, il ne le pourrait pas.
Et puis, pourquoi veux-tu tant le
trouver ? repris-je, pourquoi te cherches-tu tant à travers lui ?
- Pour le tuer. »
06 septembre 2007
Einstein – Podolski – Rosen
Réalité
quantique des coeurs rencontrés et non-séparabilité.
Lorsque
deux systèmes ont interagi; seul le système global
constitué des deux systèmes en mouvement est dans un
état défini et permet l'appréhension de chacun
des sous-systèmes sans pour autant offrir un état à
ceux-ci.
La vérité du coeur reste insaisissable. Elle n'est que mouvements, chutes, collisions, entre-chocs, fêlures, éclats... Les coeurs se croisent et interfèrent dans la trajectoire de leurs sentiments communs. A jamais, ils resteront unis, même éloignés, même séparés... même abattus...
La vérité du coeur est insaisissable - je me répète... je sais... - car il ne fonctionne pas dans un système isolé. Qui plus est, il est en mouvement perpétuel. Il est donc impossible d'en comprendre les palpitations sans appréhender l'ensemble des impacts composant le système global, lui même constitué d'une infinité de sous-systèmes interagissant entre eux...
Je savais que la science me servirait un jour à la compréhension de son contraire.
15 août 2007
Mein Got ! Cogito ergo gogole sum
Champagne
russe et caviar belge, ce soir.
Dans l'anoxémie d'une jolie pensée antagonique je reste groggy par la récurrence anorexique de mes apagogies antinomiques. A force d'agonir la semoule qui m'asphyxie et parodier l'existence dans une orgie égotiste, je deviens le fagot de ma seule hérésie. J'ergote sur mes vétilles ou m'en gausse tandis que mes dogmes m'égosillent. Ego versus Ego... comme toujours...
L'absurdité est rarement absurde
11 juillet 2007
Poupée celluloïd
Je suis la forme et le produit, l'objet et le sujet aux pensées organiques et biodégradables. L'emballage ôté, je me sens ballottée... on me presse et je me tords, on m'oppresse et j'ai mes torts... je me laisse sans résistance. Dans la serrure, la clef ouvre un mystère; l'ustensile accessoire du corps. Mettez un doigt dans l'engrenage et le mécanisme sensible se déclenche... appareil vibratoire au design à revisiter
22 juin 2007
Ces mots de lui
d’une traction de
seconde
l’immobile s’émeut
déjà
dans la sphère de ses gestes
la tanagra détire la
voile et désenclave
le grain du sable la goutte de
l’eau
douleurs concaves douceurs convexes
les ivresses
inversées
moissonnent des oraisons
la pesanteur
surseoit
- sa poupée chiffon
crève la sphère
de plumes
la saccade cherche en rafales
trouve l’audace
de sa place
entre science des équilibres et
incartade
une
envie perpétuelle
d’enchaîner la balle aux
bonds
éparpille le mouvement dans
l’atmosphère
en suspens…
jamais « plus » ne sera comme avant
30 mai 2007
Obscénité
Petit Robert; « caractère qui blesse délibérément la pudeur en suscitant des représentations d'ordre sexuel »
« Obscénité » un mot trouvé presque rare, qui dessine les contours de la pudeur pour la transpercer en un point... l'atteindre. Tu touches l'obscénité et tu atteints la pudeur...
Je
prends cette obscénité... sans t'en demander l'autorisation,
je te présente déjà mes excuses. Je la prends
parce que je ne la comprends pas. Il faut encore que je la fouille,
que je la creuse, qu'elle me donne...
Si
je l'ai parfois croisée sans qu'elle me pénètre
vraiment, c'est sur ce port qu'elle s'est jetée sur mon
visage, dans le corps de cette femme à moitié dénudée,
habillée du vice de l'homme qui la suivait, pissant sur la
chaussée, sans se soucier de notre présence... Je l'ai
trouvée laide, incroyablement... elle aurait pu être
belle, cela aurait été pareil... j'étais
mentalement incapable d'embrasser la vision qui m'arrachait le
ventre.
Le
vide dans son regard, notre insignifiance, la mort de son âme,
son corps sacrifié, notre impuissance... et pire encore... ma
répugnance, pour elle, pour ce que j'étais en train de
faire d'elle.
Tu
as raison. C'est bien un jeu de regards finalement. Je ne me suis pas
vu en elle, non... mais ce que nous faisions était sans doute
plus obscène qu'elle.
L'obscénité
quand elle nous touche est encore une cristallisation de notre
souffrance et il y a bien une victime et un bourreau.
Je
regarde cette composition, et je n'y vois rien d'indécent. Je
vois un corps, une suggestion, une rencontre sexuelle, l'expression
d'un désir... L'obscénité n'est que dans le
regard de celui qui la subit.
Le
corps devient obscène quand il expose une expression en
l'absence du désir de celui qui le reçoit en spectacle.
( pas très légère, celle-là...)
Je regarde cette composition... et je m'interroge...
Je regarde cette autre photo... rien ne s'exhibe; il n'y a ni fesse, ni cul, ni seins, ni cuisse, ni foutre, ni sexe, ni entre-jambes ( Google va être content)... cette femme est belle... ce n'est même pas sa prostitution qui me répugne. Non, ce qui me touche, c'est le viol de sa non-envie... et c'est ça, l'obscénité... le viol de la non-envie.
Et soudainement, je me sens obscène... très.
27 mai 2007
Vide-grenier
Dans
la tête cognent les battements du coeur qui saigne encore
pendant que je vide tout ce que j'avais gardé au fond du
ventre. Je procède à mon curetage, les cernes autour
des yeux, fatiguée de l'avortement de mes désillusions.
En silence, je me dissèque et ça fait mal...très
mal. Je dissèque... à vif.. sans anesthésie...
et je suis seule à tenir le scalpel. Mais je ne tolère
plus que vous me regardiez souffrir.
C'est
la fin d'un tout et ce n'est pas encore tout à fait le début
d'un rien. Je détruis petit à petit sans savoir ce que
saurais construire. Mais abattre les parois et faire tomber les murs
n'aurait aucun sens si je ne nettoyais pas l'intérieur.
Alors
je fais le vide. Je pèse, soupèse et balance. J'ai tant
enfermé en moi que dans ce grand ménage, tout ressort à
moitié pourri, craquelé, fissuré. Mes émotions
se perdent dans ce passé décomposé et des larmes
coulent quand je pose le doigt avec négligence sur mes
souffrances enfouies profondément sous la peau, hémorragies
internes, ecchymoses dans l'âme. Du sang presque noir...
Elle est là, la gangrène de nos vies... Enfouir... Étouffer nos déchéances. Nous ne sommes que des décharges à visage fermé et pourtant souriant, les bras ouverts. Nous sommes des poubelles ambulantes avec nos déchets à l'intérieur, dont nous retardons toujours le recyclage. L'extérieur toujours bien propre... on soigne même les apparences... quelques fleurs pour sentir bon... des petits jeux de mots pour l'humour et de belles photos... n'oublions surtout pas les belles photos...
Puis
vient le moment fatidique... l'instant de la grosse gifle. La belle
poubelle s'étale .... blatch... crevée sur le sol...
libérant ses immondices... vomissant ses ordures
pestilentielles et profondément moisies.
Mais
décider... décider vraiment... c'est ça...
Décider,
c'est ressortir... trier... briser... écorcher...
lacérer...détruire...nettoyer... désinfecter...
couper... trancher... Il faut que je le fasse... bien de
préférence... proprement... tranquillement. Balancer
l'alcool à 90° sur la gangrène ne servirait à
rien. Mais enfouir encore, mettre une nouvelle couche sur les
anciennes aurait encore moins de sens.
Mon histoire ressemble à la vôtre, qu'importe les détails... nos souffrances enfermées dégoulinent et suintent à demi-mots entre les lignes, parfois imperceptibles, enrobées de pudeur. On s'attaque à nos silences sans oser les frapper de face, les laissant transparaître mais jamais vraiment apparaître. Nous sommes finalement tenaces à faire perdurer le supplice. Sadiques envers nous mêmes, étalant nos corps couverts de ces cicatrices que nous tardons à soigner.
Bistouri, s'il vous plaît?
04 mai 2007
Fermer les yeux
J'aimerais ne pas voir...

Et pourtant...
En moi, déjà j'entends le bruit des bottes.
Merci Lambi














