30 mars 2007
Sur le divan... dernière séance... je crois...
Sigmund,
il faudrait changer votre divan... il fatigue...
Je
suis le vide, Sigmund... vous comprenez?
Dans
les draps froissés, je suis le corps qui n'aspire qu'à
être empli... je ne suis que le vide appelant l'autre...
Je
suis un cri de désir appelant la caresse, un cri de désarroi
qui n'a rien de troublé.
Non,
Sigmund, ne sortez pas la camisole... je vais bien... et c'est même
la dernière fois que je viendrais éventrer les pensées
de mes cavités creuses.
Mais
je ne mettrais pas de gant pour vous parler. Je ne veux pas me
préserver. La maladie qui m'emplit s'appelle féminité
et je ne peux pas lutter.
Vous
voyez cette main? Cette seule main suffit à faire naître
le désir... quand elle s'aplatit sur mon ventre et presse ma
chair, quand j'appuie, juste comme ça...
Je
sens mon vide intérieur, cherchant à s'extraire
Et
ce sont mes cavités, plaintives et recroquevillées
seules au fond de mon ventre, qui pleurent alors l'envie, suintant
comme larmes au creux de l'oeil. Et mes doigts branlent mes
espoirs... des expectatives.
J'aime
la caresse.... les mains légères ou exigeantes...
douces ou emportées... j'aime le contact... peau sur peau.
A
cet instant, jouir n'a pas d'essence. Je recherche la masse, la
présence, la pression, la régularité dans le
mouvement. Le manque crée le besoin... Il s'insinue peu à
peu dans mes parois... fort.
Le
ventre est un cri alors... un appel désespéré.
Chez
moi, tout ramène au ventre... le sein que l'on pince, la main
entre les cuisses... en filigrane... les pensées... surtout.
Ventre... exclamation utérine qui se perd dans mes trompes...
et les méandres de mon esprit.
Je
ne m'offre pas... je prends ce que mon ventre réclame. Je suis
un sexe béant qui veut noyer son chagrin dans les larmes d'un
autre sexe en pleurs. Le vagin veut le va-et-vient. Le vagin veut, le
sexe vient.
Le
désir dégouline de pensées éjaculées
sur le plaisir en attente. Alors oui, là, le corps réclame
la libération... jouir... briser le vide.
Parfois
l'autre... souvent, l'autre... n'est qu'un rempart à ce
vide... quand l'âme plonge au fond du trou, de ce gouffre qui
m'abîme.
D'homme
à femme, ventre contre ventre, c'est ce ventre qui nous sépare
l'un de l'autre pour nous unir... l'un en l'autre
Contractions
utérines dans l'avortement d'un espoir... douleurs qui rongent
au creux des hanches, je creuse mon ventre et m'aperçois que
je suis vide... un vide que je ne peux combler seule... c'est ce vide
qui soudain m'affole et me désoriente.
A
moins, peut-être, de ne devenir un homme??
Non... j'aime trop mes plaisirs de ma femme....


